La lutte contre la désertification, enjeu des Nations-Unies – France Libertés – Fréquence Terre

By Philippe Boury

A l’instar du climat ou de la biodiversité, le phénomène de la désertification est sous le regard des Nations Unies. Elle a sa Cop, sa conférence des parties. Et la 13e du nom s’est achevé le 16 septembre dernier, à Ordos, en Chine. Ordos, une ville érigée en plein milieu du désert mongol.

Avec Justine Richer, chargée du programme Eau, bien commun à la Fondation France Libertés.

Cette Cop 13 tient ses origines du sommet de Rio en 1992. La lutte contre la désertification est alors devenue une des priorités des Nations Unies.

 » Suite à ce sommet sur les questions environnementales mondiales, trois conventions ont été développées. L’une sur la diversité biologique, une sur le changement climatique, celle que l’on connaît le plus et qui a donné lieu notamment à la Cop 21 de Paris en 2015. Et il y a la convention des nations Unies sur la lutte contre la désertification. C’est vraiment en enjeu très important dans la mesure où la désertification touche plus d’un milliard et demi de personnes dans le monde. Et on estime que douze millions de terres arables disparaissent chaque année. Cela touche principalement l’Afrique et l’Asie.

Qu’est-ce qui provoque, non pas cette avancée des déserts, mais bien cette désertification ?

 » Contrairement aux idées reçues, la désertification ne correspond pas nécessairement à l’avancée du désert, mais véritablement à la dégradation des terres. C’est lié à la perte de biodiversité et cela contribue au changement climatique global. En fait, on a une altération de la végétation qui disparaît, avec les racines. Les sols deviennent beaucoup moins poreux, puisqu’il n’y a plus de racines qui s’y enfoncent. Donc l’eau de pluie ne s’y infiltre plus. Elle ruisselle sur la surface, ce qui va encore plus dégrader le sol. L’eau n’est plus stockée. On a donc une modification du régime hydrique et des échanges avec l’atmosphère. Le sol n’est plus protégé et est complètement soumis à l’érosion mécanique des pluies ou l’érosion à cause du vent. Le sol est complètement fragilisé. »

Le réchauffement climatique est-il le principal facteur à cette désertification ?

 » Cela y participe, mais on estime que les principaux facteurs sont anthropiques. Les ressources naturelles, à la base renouvelables, sont surexploitées et n’ont plus le temps de se régénérer. Le sol est complètement appauvri. Ce sont les activités humaines comme le surpâturage, le déboisement, la monoculture, pas adaptées au milieu environnemental, qui exercent une pression sur les ressources. Il y a aussi l’extension urbaine ou le tourisme qui ont un effet.

Sénégal – © BBC

La désertification a un impact sur les sols, la végétation. Est-ce que cela a aussi un impact sur les populations ?

 » Absolument. C’est un cercle vicieux. On a une baisse de la végétation, donc une baisse de la matière organique, donc des sols moins fertiles. La conséquence est l’appauvrissement des terres et donc une production agricole insuffisante. Or, on parle de cultures soit vivrières, soit destinées au commerce. Il va y avoir de larges conséquences socio-économiques sur les populations et une augmentation de la pauvreté. Ce sont généralement des populations très vulnérables, à la variabilité climatique, à la variabilité des prix agricoles. Cela peut alimenter des tensions sociales et arriver à des situations de migrations.

Quel est l’impact du cycle de l’eau sur le phénomène ?

 » L’enjeu de désertification est souvent étudié sous l’angle du sol. On prend moins en compte le cycle de l’eau, alors que c’est essentiel pour lutter contre la désertification et pour permettre au sol de rester stable ou de se restaurer. Les sécheresses, qui sont une insuffisance de pluie, participent grandement au processus de désertification et l’accélèrent. Selon le dernier rapport du Giec, nous allons avoir une recrudescence de ces sécheresses et donc une progression de la désertification. Lutter contre cette désertification passe beaucoup par restaurer la végétation pour augmenter l’évapotranspiration, et ensuite remettre en place un cycle de l’eau comme un cercle vertueux. Les racines vont permettre à l’eau de s’infiltrer le sol qui va pouvoir stocker l’eau. Sur le long terme, cela permet d’avoir un sol régénéré. C’est un enjeu international de climat et de développement dans lequel le cycle de l’eau peut être une solution.

La semaine prochaine nous verrons avec vous quelles sont les actions possibles pour lutter contre cette désertification.

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Source:: France Lib

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