Le label MSC certifie une pêcherie d’empereurs en Nouvelle-Zélande, les ONG s’offusquent – Fréquence Terre

By Robot Automatique

POLÉMIQUE. Le label MSC* (Marine Stewardship Council) est de nouveau sous le feu des projecteurs. L’annonce de certification d’une pêcherie d’empereurs (des poissons des grands fonds), Hoplostethus atlanticus, a suscité de vives réactions de la part de plusieurs ONG et groupes environnementaux tels que WWF, Deep Sea Conservation et Bloom, ces derniers la décrivant comme ” l’une des pêcheries les moins durables et les plus destructrices au monde dans un communiqué de presse. Ce programme, créé depuis 1997 par WWF et Unilever, certifie pourtant des pêcheries qu’il estime durables (selon un référentiel environnemental précis) depuis 20 ans et il est ” un moyen important pour permettre aux consommateurs de faire le bon choix et d’agir pour la santé des océans. Sa crédibilité est essentielle, comme l’explique Isabelle Autissier, présidente de la WWF France sur leur site. Retour sur une argumentation mouvementée.

” Une seule pêcherie d’empereurs est certifiée

80% du volume d’empereurs capturés proviennent de Nouvelle-Zélande. Les stocks sont très lents à se renouveler puisque ces poissons ne peuvent se reproduire qu’à partir de 30 ans (ils peuvent vivre jusqu’à 150 ans), et ils sont victimes de surpêche en de nombreux endroits. Cette activité avait d’ailleurs été mise en suspens par le gouvernement, avant de reprendre en 2000. Vivant sur des monts subaquatiques, à parfois 1600 mètres de profondeur, ces poissons sont pêchés par chalutage des fonds marins ce qui provoque des dégâts irréversibles sur l’habitat et sur d’autres espèces vivant à ces emplacements, et notamment des coraux protégés par la Loi de la faune de 1953. Selon MSC, les empereurs ne sont pêchés que dans une zone écologique exclusive, toujours sur les mêmes traits de chaluts, et d’après une estimation réalisée dans le cadre de deux ans d’évaluation de cette pêcherie par MRAG Americas, une compagnie scientifique indépendante, 60 à 90% des zones d’habitat de ces poissons ne seraient pas concernées par la pêche. MSC prétend également que, d’après des études cartographiques entre les zones de pêche et la présence de coraux, le chalutage n’aurait qu’un ” impact mineur sur ces espèces. Cela signifie que l’impact de la pêche ” ne cause pas de dommages sérieux et/ou irréversibles aux populations de coraux, et ne met pas en danger leur reconstitution. Si l’activité de pêche cesse, l’habitat pourra se reconstruire jusqu’à au moins 80% de son niveau vierge en 5 à 20 ans, explique Stéphanie Poey à Sciences et Avenir, responsable communication de MSC .

De plus, l’organisation MSC souligne qu’une seule pêcherie d’empereurs a été reconnue comme durable : celle de la compagnie Deepwater. ” Notre approche de gestion a été largement modifiée depuis les premières années et est maintenant très précautionneuse, se défend George Clement, directeur général de Deepwater dans un communiqué de MSC. Ils ne pêcheraient qu’une petite partie des empereurs afin de laisser les stocks se renouveler. ” Nous sommes convaincus que récompenser le changement positif à travers notre programme de certification peut montrer la voie pour les autres acteurs de la pêche de cette zone, souligne Patrick Coleo, directeur Asie-Pacifique du MSC. Selon le label, une telle polémique a surtout lieu lorsque cela concerne des pêcheries à ” mauvaise réputation qui sont ” victimes d’idées reçues tenaces concernant leurs méthodes. ” En ” état critique il y a plus de 20 ans, cette pêcherie montre que des mesures et améliorations drastiques lui ont permis d’atteindre aujourd’hui les plus hautes exigences de pêche durable, continue Stéphanie Poey. Mais pour les ONG environnementales, le chalutage profond, même géré, n’est pas une technique durable. D’ailleurs, il vient tout juste d’être interdit en Europe. Sur son site, la WWF a même appelé les distributeurs français à ” ne pas proposer à la vente cette espèce ou tout autre espèce d’eau profonde, même certifiée MSC. Pour Deep Sea Conservation, les arguments de MSC ne sont pas recevables car les stocks d’empereurs sont les plus bas depuis 2014. ” Si MSC peut certifier cette pêcherie et décrire ce poisson comme ” capturé responsablement, alors il manque de crédibilité, déplore Matthieu Gianni, le fondateur de l’ONG.

Une perte de confiance et de fiabilité

Et c’est bien la crédibilité du label qui est remise en cause avec cette décision, d’autant plus que cette affaire suit de près celle du thon albacore survenue le 30 novembre 2016. Malgré les contestations des différentes ONG, la certification a bien été appliquée, comme 95% des fois lorsqu’il y a désaccord, explique le groupe Bloom dans son communiqué. De plus, émettre une objection est très contraignant pour les parties prenantes. ” Les objections doivent être déposées dans les 15 jours suivant la certification, y compris les preuves alors que le certificateur a eu jusqu’à 2 ans pour préparer son rapport, explique Duncan Currie à Sciences et Avenir, responsable du droit international et de l’environnement à Deep Sea Conservation. ” Dans le cas de l’empereur, beaucoup de documents ont été déclarés irrecevables parce qu’ils n’avaient pas été cités plus tôt, ou parce qu’ils sont sortis quelques jours après la publication du rapport final, bien qu’ils soient très pertinents pour la certification, continue-t-il.

Pour le directeur de cette association, Frédéric Le Manach, ” le MSC est officiellement devenu une imposture, qui tromperait les consommateurs sur les réelles méthodes des pêcheries certifiées. De plus, une partie du revenu du MSC provient de redevances dues à leur logo ce qui peut présenter des conflits d’intérêts. ” N’importe quelle pêcherie peut décider de rentrer en évaluation MSC, sauf celles utilisant de l’explosif ou du poison. Certaines pêcheries peuvent donc entrer en évaluation pour se faire un coup de pub, continue Frédéric Le Manach. L’organisation WWF, quant à elle, se veut tout de même plus tolérante même si elle ne peut se résoudre à approuver cette décision. ” La WWF encourage et encouragera toujours le MSC à apprendre de ses erreurs et à tirer les conclusions nécessaires pour améliorer son fonctionnement, affirme Alfred Schumm, directeur du programme pêche à WWF sur leur site. ” Le MSC devrait être fondamentalement réformé ou remplacé par une instance dont le public peut avoir confiance, conclut Matthieu Gianni sur le site de Deep Sea Conservation.

*MSC. Il s’agit d’une organisation à but non lucratif qui délivre un label aux ” pêcheries durables et certifie 10% des captures mondiales de poissons sauvages et environ 50% des poissons blancs comme le cabillaud, le merlu et le colin. Une méthode de pêche est décrite comme durable si elle est en accord avec un référentiel basé sur trois éléments : le stock de poissons en bonne santé, la protection des écosystèmes marins et une gestion efficace.

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